Pourquoi vaut-il mieux se taper une brune qu’une blonde (mais chacun ses goûts) ?
Par Jérôme Dumur
Pour mourir moins con, il faut lire notre newsletter. Et pour mourir moins con, mais le plus tard possible ? Si l’on en croit certaines études scientifiques, il faudrait associer votre lecture à la dégustation d’une petite bibine. La bière, en mode « brune » de préférence et à condition de ne pas en abuser, aurait en effet de réelles vertus pour notre santé.
Au pub ou au café, seul ou, le plus souvent, avec des amis, à la maison devant la télé ou au bord de la piscine en été, chaque année, selon NielsenIQ, l’un des spécialistes mondiaux des études de marché, huit Français sur dix se laissent tenter par une petite mousse. L’Hexagone engloutit ainsi trente-trois litres de bière par habitant et par an. C’est davantage que la moyenne mondiale : 24 litres par Terrien. Mais c’est trois fois moins que les Autrichiens, les Polonais, les Irlandais ou bien encore… les Namibiens. Et ce n’est trois fois rien en comparaison des champions incontestés de la binouze : les Tchèques, qui ont éclusé 188,5 litres par personne en 2022.
Moins, mais mieux !
Assurément, nos compatriotes ont pour la bière bien fraîche un amour tiède. C’est que, dans notre pays, la concurrence est rude et les goûts éclectiques. Si la bière est le deuxième alcool préféré des Français selon le baromètre SoWine 2025 (le sondage référent en la matière), la mode du cocktail gagne du terrain, tandis que le vin truste solidement la première place du podium (grâce aux femmes qui le plébiscitent et, dans une moindre mesure, aux jeunes, les 18-30 ans l’appréciant de plus en plus). Résultat : le marché de la bière est en recul depuis 2022. Une tendance accentuée, en 2024, par un printemps particulièrement pluvieux. Les Français associent, en effet, la bière au soleil. A 20 °C sous abri, les ventes décollent. Cinq degrés de plus et elles explosent. Il est tout de même à noter qu’elles stagnent, voire reculent sitôt que la température crève le plafond des 30 °C. Là, les Français passent à l’eau. Sûr qu’avec le réchauffement climatique, on se prépare des étés bien sobres !
Si l’on boit moins, on boit mieux ! Portées par le dynamisme et la créativité des 2 500 petits producteurs tricolores (un record en Europe), les bières artisanales – les craft beers dans la nomenclature anglo-saxonne – gagnent du terrain. Ces cinq dernières années, le volume d’affaires des brasseurs industriels a reculé de 10 % quand celui des brasseurs indépendants et des microbrasseries a augmenté de 15 %. Désormais, une vente sur trois échappe ainsi aux multinationales. Le bio fait aussi une percée (+ 25 %), mais le volume de vente reste modeste : 6 % à peine du marché français.
Cela dit, mettons tout de suite les choses au point ! Bio ou artisanale, la bière, sauf si elle est estampillée « 0 % », reste un produit à consommer avec modération, l’essentiel des dix mille références qui se partagent les faveurs des consommateurs français (là aussi, c’est un record) affichant une teneur en alcool entre 4 et 6 % par volume. Dans ces conditions, tout abus est forcément dangereux pour la santé et, accessoirement, pour notre tour de taille. Mais, contrairement à la cigarette qui vous abîme dès la première bouffée, un petit demi par-ci, par-là, ne peut pas vous faire de mal, d’autant qu’on prête à la bière des effets salutaires. Ce ne sont pas les piliers de comptoirs qui le disent, mais des scientifiques qui, peut-on l’espérer, n’en abusent pas dans leurs labos.
L’atout cœur
Le monde antique avait déjà pressenti les vertus thérapeutiques de la bière. Les médecins grecs la préconisaient pour soigner le diabète, la migraine et les calculs rénaux. De leur côté, les Égyptiennes, ces coquettes, pensaient qu’elle faisait un excellent soin de peau. Une idée récupérée par les Tchèques qui, dans les années quatre-vingt, ont lancé dans leurs spas les premiers bains de bière. On s’immerge dans la Pilsen ? Pas vraiment. On baigne plutôt dans une eau enrichie avec les composants traditionnels du breuvage : le houblon, la levure et le malt qui, grâce à leur richesse en antioxydants, vitamine B, zinc, sélénium, silicium et magnésium, hydratent, nourrissent et apaisent l’épiderme. Pour prolonger les effets de cette agréable trempette, on peut même utiliser des cosmétiques à base de bière : shampoings, gels douche, masques pour le visage… Il a même existé des soins spécifiquement conçus pour les hommes quand, en 2015, le brasseur danois Carlsberg a sorti sa gamme Beauty Beer. Une initiative classée « sans suite ». Les hommes préfèrent les blondes, mais de préférence dans leur verre, pas sous la douche. En ce qui concerne les bières, tout au moins !
Ce que nos lointains aïeux avaient compris empiriquement, la science et ses expériences sont venues le confirmer. Dès le début de ce siècle, les Tchèques – décidément, seraient-ils soucieux de légitimer leur fort penchant pour la mousse ? – ont dégainé les premiers. En 2000, le cardiologue Milan Samánek défendait en effet l’idée qu’une consommation modérée, mais régulière d’éthanol (l’alcool issu de la fermentation du sucre), freinait l’athérosclérose, apportait du bon cholestérol, atténuait le stress chronique et, in fine, réduisait la morbidité cardiovasculaire et augmentait notre espérance de vie. Une thèse qui a été étayée, depuis, par diverses études et méta-analyses.
En 2016, un groupe d’experts international préconisait une consommation d’un verre par jour chez les femmes et jusqu’à deux chez les hommes. Le problème, c’est la taille du verre : une chope de la Fête de la bière à Munich en impose davantage qu’un bock dans un troquet parisien. Depuis, les travaux de chercheurs espagnols publiés fin 2021 dans la revue Nutrients ont précisé heureusement la dose quotidienne en deçà de laquelle la bière nous soignerait davantage qu’elle ne nous abîme : 10 à 16 grammes d’alcool pour une dame (soit, grosso modo, une bouteille de 33 cl de bière à 5 % vol.) et 20 à 28 g pour un homme (environ deux demis de la même bière). Mais attention, la moindre entorse par rapport à cette norme a des effets catastrophiques sur la santé. L’équipe espagnole est très claire sur ce point : la prise d’alcool doit être « répartie sur l’ensemble de la semaine » et n’inclure « aucun épisode de consommation excessive ou d’alcoolisation express, en particulier le week-end », le moindre excès entraînant « un risque plus élevé de maladie cardiaque ischémique ». Bref, quand on ne sait pas se retenir, mieux vaut s’abstenir.
La santé par les plantes
L’alcool n’est pas le seul composant de la bière bénéfique pour la santé. L’orge et le houblon font également du bien aux zythophiles (du grec ancien zûthos qui signifie « bière » et phílos qui signifie « personne qui aime ») dès lors qu’ils se montrent raisonnables. Ces deux plantes assurent à nos pintes une forte teneur en fibre, au-delà de trois grammes par litre, et un apport non négligeable de polyphénols, de puissants antioxydants aux effets anti-inflammatoires, et ça, c’est bon pour le transit et le dynamisme de notre microbiote. Les bières contenant des niveaux élevés d’orge malté et, dans une moindre mesure, de houblon participent également à la consolidation de nos os, grâce au silicium qu’elles contiennent : quatre milligrammes en moyenne dans un demi, soit un cinquième de nos besoins quotidiens. Alors que les boissons alcoolisées sont un fléau pour nos reins, la bière, elle, les protège, grâce à ses vertus hydratantes (elle est faite à 90 % d’eau) et, surtout, à l’action de la lupuline. Selon une étude finlandaise, cette résine de houblon que l’on trouve en particulier dans les Indian Pale Ale (les IPA) diminuerait de 40 % le risque de dépôt de calcium sur les reins et, par conséquent, les calculs rénaux.
Riche en fibres, en lupuline et en minéraux, le houblon ne décide pas que du goût de l’amertume de la bière ; il lui donne aussi ses vertus.
En revanche, malgré les propos enflammés de la sexologue américaine Kat Van Kirk, largement repris sur internet, la Kronembourg et ses cousines ne vous aideront pas à faire l’amour plus souvent ou plus longtemps. Le houblon contient bien des phytoestrogènes, des composés végétaux qui, selon l’autrice de The Married Sex Solution, agiraient contre l’éjaculation précoce, et du fer qui, en stimulant la production de globules rouges et leur circulation, doperait l’érection. Mais, en vérité, leur quantité dans la bière est beaucoup trop minime pour avoir une quelconque influence sur vos performances et votre appétit sexuels. La bière pourrait même nuire à votre vie de couple si votre partenaire pointe parmi les sapiosexuels, ces gens que l’intelligence émoustille. Parce que, à long terme, la pinte, ça rendrait con et pas que les supporters de foot.
Les effets sur le bulbe
Il apparaît régulièrement sur les réseaux sociaux des posts prétendument inspirés d’études scientifiques et vantant les effets de la bière sur l’intelligence humaine. Le dernier en date – je l’ai vu passé sur Instagram il y a quelques jours seulement – s’appuierait sur une étude réalisée en 2015 par l’université de Grenade. Elle n’a jamais existé ! Si les Andalous ont bien bossé sur le sujet, c’est pour dénoncer les dégâts cérébraux engendrés par les cuites à répétition pendant l’adolescence. En revanche, c’est vrai, il y a un peu plus de dix ans, des chercheurs de l’université de l’État d’Oregon ont établi que le xanthohumol, l’un des antioxydants délivrés par le houblon, peut améliorer nos fonctions cognitives : mémoire, concentration, vocabulaire, agilité mentale… Hélas, il y en a si peu dans nos bières que les scientifiques américains ont calculé que, pour obtenir des effets significatifs, il faudrait ingurgiter des milliers de Budweiser… chaque jour ! Plus récemment, un groupe d’experts japonais a conclu à une action favorable des iso-α-acides (IAA) du houblon, à l’origine de l’amertume caractéristique de la bière, sur la mémoire. Oui, mais leur expérience portait sur des… souris de laboratoire.
Et, concernant le bulbe humain, les scientifiques ne nous laisseraient-ils aucun espoir ? Si, et il nous vient d’une étude sino-américaine orchestrée par l’université de Géorgie. Elle se penche sur l’association entre une consommation d’alcool faible à modérée et les fonctions cognitives des adultes américains d’âge moyen ou avancé. Elle suggère que la consommation de dix à quatorze verres de bière par semaine entraînerait un bénéfice potentiel cognitif réel, quoique relativement modeste. Mais ne vous réjouissez pas trop vite. Cette perspective de mourir moins con a été aussitôt démentie par une autre étude, menée cette fois par des chercheurs de l’université d’Oxford qui, entre deux virées au pub, ont examiné des dizaines de milliers d’IRM pour évaluer l’impact de la consommation d’alcool sur le cerveau. Le verdict des Britanniques est sans appel : une seule binouze par jour suffit à endommager notre cerveau de façon irréversible. Au-delà, c’est un massacre !
Alors, que faire devant les contradictions de la science ? Se montrer raisonnable, ne pas jouer avec ce feu qu’est l’alcool et boire des bières qui n’en contiennent pas. Ça ne fait pas de vous un « petit joueur » ou « une petite joueuse », mais quelqu’un de branché. Autrefois moquées, la Tourtel et ses petites sœurs rencontrent, en effet, un succès croissant. Or, si ces bières désalcoolisées n’apportent pas les bienfaits – « hypothétiques » – de l’éthanol sur vos artères, elles vous protègent de ses effets indésirables (à commencer par un risque accru de plusieurs types de cancer) et vous garantissent les vertus du houblon et de l’orge. Et puis, pour un effet santé maximal, privilégiez les brunes 0 % parce que leur procédé de fabrication les rend plus riches que la plupart des blondes en polyphénols, xanthohumol, phytoestrogènes et autres minéraux. Si, si, ça existe et à tous les prix ! Bien sûr, il y a la fameuse Guinness en mode 0.0, mais pas que ! La Force Majeure, la Cascadian Tides Stout de Brulo, la stout de Broother, la Check This Stout de Below Brew ou bien encore la Leffe ou la Celta brune sans alcool concurrencent la célèbre irlandaise. Et vous savez quoi ? Je vais de ce pas me sortir l’une d’elles du frigo pour me délecter de sa saveur cacaotée ou caramélisée et de sa mousse onctueuse. Pas sûr que ce moment de plaisir me rende moins con et me préserve encore longtemps de ma mise en bière, mais il me ravit. Et par les temps qui courent, c’est déjà ça de pris !
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J'adore! Je citerai un passage quand on me dit que j'en bois parfois trop .... "Les bières contenant des niveaux élevés d’orge malté et, dans une moindre mesure, de houblon participent également à la consolidation de nos os, grâce au silicium qu’elles contiennent : quatre milligrammes en moyenne dans un demi, soit un cinquième de nos besoins quotidiens. " ➡️ L'ostéoporose restera loin de moi 🤣