Pourquoi peut-on avaler la fumée (ou pas, c’est vous qui voyez) ?
Par Jérôme Dumur
Que faire du jus que laissent certaines sucettes ? D’aucuns assurent qu’il ne faut pas en perdre une goutte tant il est bon pour la santé, le moral, l’éclat de la peau ou le tour de hanches. Foutaises ! Ces vertus sont plus qu’incertaines et ceux qui les propagent n’ont d’autre intérêt que de vous pousser à la consommation.
Une enquête réalisée en 2024 pour l’Inserm et Santé publique France sur la sexualité des Français a établi que 84,4 % des Françaises se sont déjà essayé à ce que Frédéric Dard, le père de San Antonio, appelait dans son langage fleuri « le calumet de l’happé ». De quoi s’agit-il ? Tout simplement de la gâterie, de la turlute, du pompier, de la plume ou, autrement dit, de la fellation. Classée au rang des préliminaires, cette pratique orale peut être aussi une fin en soi. Une fin qui, au demeurant, pose question : au terme de la pipe, avale-t-on la fumée ? Autrement dit, faut-il verser dans la séminophagie ou, pour les fins lettrés, la spermatophagie (du grec sperma pour « semence » et phágos, pour « mangeur ») ? Ma réponse ? À chacun ses goûts ! En tout cas, encouragée par l’industrie pornographique, la chose n’a plus rien de taboue. Selon l’Observatoire européen de la sexualité féminine, une enquête réalisée par l’IFOP en 2018, 46 % des Françaises ont déjà sauté le pas (et la moitié d’entre elles y reviennent régulièrement).
Ce que ce sondage n’indique pas, c’est si elles y trouvent leur compte. Et là, tout ce que je puis supputer, c’est que, même si – et seulement si !!! – elle est consentie, cette dégustation fait très rarement le bonheur du palais. Amer, salé et gluant, l’éjaculat n’a rien de l’ambroisie dont se nourrissaient les déesses olympiennes. Peut-on en modifier la saveur ? Il y en a pour le prétendre. Sans que la science ait vraiment statué sur la question, on peut souvent lire ou entendre que la crème changerait d’arôme selon le régime alimentaire de son producteur. Le café, le tabac, la bière ou bien encore le soufre présent dans le chou, les brocolis, l’ail et l’oignon, en altèreraient le goût. En revanche, une consommation régulière de fruits exotiques, de camomille, de thé vert, de menthe ou d’agrumes participerait à l’améliorer. Cela dit, messieurs, sachez-le, il est inutile d’attendre des miracles d’une cure de mangue et de papaye : vous ne rivaliserez jamais avec un Capri-Sun tropical !
Un produit dopant ?
Une chose est certaine : si la semence masculine vous régale bien moins qu’une tartine de Nutella, elle est nettement plus saine. Elle vaut largement un A sur l’échelle Nutri-Score. Pauvre en calories, le sperme est à l’inverse riche en vitamines (C et B12), en minéraux (sodium, zinc, phosphore, calcium…) et en protéines aux propriétés antimicrobiennes. Mais n’en espérez pas pour autant un regain d’énergie remarquable. Le liquide séminal obtient les mêmes résultats que la plupart des compléments alimentaires vendus en grande surface ou en pharmacie : il agit à la marge ! La quantité de nutriments qu’il contient est en effet si faible qu’il faudrait se nourrir d’une grosse dizaine d’orgasmes masculins pour obtenir le même résultat qu’avec un yaourt nature, un œuf à la coque ou trente grammes d’amandes grillées. À moins d’être un.e adepte du gokkun, une déviance sexuelle japonaise qui consiste à avaler tout un bol de semence — à la tienne, Étienne ! —, il est donc préférable de se régaler de quelques cuillères de skyr bio mangue-passion ou mûre-myrtille de Les 2 Vaches, la référence santé du marché selon Yuka.
Sans guère d’effet sur notre bilan sanguin, le fluide intime serait bien plus efficient sur notre santé mentale ! Du moins si l’on en croit cette étude datée de 2002 au terme de laquelle des chercheurs de l’Université d’État de New York ont avancé que le sperme rendrait heureux celui ou celle qui le reçoit ! Bourré de molécules bénéfiques, comme la sérotonine, l’ocytocine, la mélatonine et l’endorphine, il ferait un cocktail antidépresseur redoutable. Pour en apporter la preuve, les scientifiques américains ont notamment comparé le moral de femmes faisant régulièrement l’amour avec un préservatif avec celui de femmes ayant des relations tout aussi fréquentes, mais sans protection. Or, ces dernières ont affiché un moral bien supérieur à l’autre catégorie. Reste qu’il en va du sperme comme de certains médicaments : il est plus efficace en suppositoire qu’en sirop ! Alors que la muqueuse vaginale (ou anale, pourquoi pas !) facilite le passage des hormones dans le sang, l’ingestion et la digestion, elles, en diminuent grandement la portée. Bref, au risque de chagriner certain.e.s d’entre vous, le sperme sur ordonnance – trois fois par jour, matin, midi et soir, en dehors des repas – pour remplacer le Prozac, ce n’est pas demain la veille.
Un secret de beauté ?
Il est un autre domaine dans lequel le fluide intime de monsieur passe pour vertueux : celui de l’esthétique. Il contient, en effet, de la spermidine que l’on retrouve aussi, mais en moins grande quantité, dans le pamplemousse, les shiitakés, les fromages affinés et le soja fermenté. Or, cette molécule stimule la régénération des cellules et, de ce fait, ralentit leur vieillissement. Convient-il alors de troquer votre crème de nuit La Prairie contre une night routine maison afin de retrouver votre peau de jeune fille ? À vous de juger ! En tout cas, Paul “Fotie” Photenhauer vous y encourage. Fin 2022, cet infirmier américain a publié Semen Cosmetics, un livre qui vous invite à fabriquer vos propres produits de beauté pour le corps et les cheveux à partir de ce que vous savez. Notre homme n’en est pas à sa première bizarrerie. Il a également produit un livre de cuisine sur la même idée – Natural Harvest – et des recettes de cocktails à base de jus de mâle : Semenology – The Semen Bartender’s Handbook. Toutefois, pour vous éviter une dépense inutile, je ne saurais que trop vous conseiller, avant de passer commande sur Amazon, de vous assurer que vous avez sous la main une matière première de qualité !
Le sperme dans un shampoing, un gâteau ou une margarita, c’est carrément dégoutant et absurde ? Pas pour tout le monde ! En 2013, Heather Locklear, une actrice en vogue dans les années quatre-vingt-dix (Melrose Place, ça vous dit quelque chose ?), avait stupéfait ses fans en avouant à un journaliste qu’elle utilisait du sperme comme soin du visage. Depuis, Tracy Kiss, une influenceuse américaine, a repris le flambeau. Elle a confié à son million de followers que, pour entretenir sa forme, elle glissait chaque matin une cuillère de semence dans son verre de smoothie. Bienheureux l’épicier qui lui fournit sa dose quotidienne de Lactel ! Dis, papa, c’est quoi cette bouteille de lait ?
Le goût du mensonge
Il est une autre croyance qui a la peau dure : celle que l’ingestion de sperme favorise la perte de poids. Une ânerie qui, depuis une bonne décennie, circule sur internet. Elle est fondée sur les travaux du professeur Ingrid Fleischer de l’Université de Hambourg, une chercheuse qui… n’a jamais existé ! À l’inverse, Brandon Williamson, lui, est bien réel. Il y a un peu plus de vingt ans, alors qu’il était étudiant à l’Université de Caroline du Nord, il nous a pondu une étude tout ce qu’il y a de plus fake affirmant que les femmes qui avalaient le sperme de leur conjoint étaient en grande partie épargnées par le cancer du sein. Malheureusement, ce canular de potache remonte régulièrement à la surface d’internet, de soi-disant médias nous le vendant aujourd’hui encore comme vrai. Par pitié, avalez si cela vous tente, mais pas ce genre de balivernes ! Grâce à quoi, tout comme moi, vous mourrez moins con (et le plus tard possible), ce qui, j’en suis certain, est une idée qui doit vous ravir.
PS : pour approfondir le sujet, n’hésitez pas à basculer sur mourirmoinscon.com afin de découvrir ma réponse à cette excellente question : Pourquoi Annie (et pas qu’elle !) aime-t-elle les sucettes ?


