Pourquoi faut-il bien choisir son sapin (et le recycler) ?
Par Jérôme Dumur
Tous sur la ligne de départ ! La course au plus beau sapin de Noël va bientôt commencer. Une tradition qui, chaque année, met de la gaieté et de la couleur dans nos foyers. Gare, toutefois, à ne pas chèrement payer ce bonheur éphémère…
Cette fois, ça sent vraiment le sapin ! Je ne parle pas de celui dont on fait les planches qui (le plus tard possible) nous serviront d’ultime demeure. Non, comme vous l’aurez compris, je pensais à l’arbre de Noël qui, chaque année, embaume et égaie notre intérieur pendant les fêtes de fin d’année. Ces prochaines semaines, il devrait s’en vendre plus de 5,3 millions de spécimens, auxquels il convient d’ajouter six cent mille imitations en plastique plus ou moins réalistes. Une petite minorité d’entre nous (7 % à peine, selon une étude de VALHOR, l’Interprofession française de l’horticulture, de la fleuristerie et du paysage) aura acheté le sien avant la fin novembre, profitant notamment du tristement célèbre Black Friday et de ses promotions. Mais le grand rush est programmé pour les neuf premiers jours de décembre : une vente sur deux se fait toujours à cette période.
Un choix épineux
Quel arbre choisir : un Nordmann ou un épicéa ? Nos compatriotes ont tranché : le premier remporte désormais 80 % des suffrages. Il est pourtant plus cher, mais il est aussi plus costaud, ses aiguilles et leur belle couleur résistant à la chaleur sèche de nos foyers jusqu’à six semaines, soit deux fois plus que celles de son concurrent direct. Le revers de la médaille : il sent beaucoup moins fort que son cousin. Or, l’odeur d’un conifère, boisée et résineuse, n’est pas seulement agréable ; elle a des effets bénéfiques sur notre santé mentale. En effet, plusieurs études scientifiques laissent penser que les terpènes, les composés volatils émis par les conifères, réduisent notre anxiété et notre rythme cardiaque. Plus ça sent, plus on se sent cool !
Peut-on avoir le beurre et l’argent du beurre, un arbre qui passe la Saint-Sylvestre et, dans le même temps, fleure bon les réveillons de notre enfance ? On peut toujours essayer. Comment ? Pour un épicéa, on utilise une réserve à eau. Ce petit socle qui permet d’humidifier en permanence l’ensemble de l’arbre par capillarité prolonge de plusieurs jours la durée de vie de cette essence particulièrement sensible à la déshydratation. Pour un Nordmann, on peut vaporiser quatre à cinq gouttes d’huile essentielle d’épicéa, diluées dans quelques centilitres d’eau, sur les branches inférieures. Mais attention : ce subterfuge est interdit une fois placées les guirlandes électriques, sous peine de provoquer un court-jus et, dans le pire des cas, un incendie. Quid de l’achat d’un sapin Label Rouge ? C’est vrai : le cahier des charges de cette célèbre certification, associée aux conifères de Noël depuis 2016, interdit toute coupe avant le 21 novembre. Mais, sachez-le, cela n’a rien d’exceptionnel : aujourd’hui, les filières d’approvisionnement sont organisées pour que la quasi-totalité des arbres, labellisés ou non, arrivent au maximum de leur fraîcheur sur les sites de vente. Le grand avantage d’un Label Rouge, ce n’est donc pas sa résilience, mais son esthétique : de la production à la livraison, tout est calibré pour que l’arbre trônant dans votre salon soit un beau sapin, roi des forêts. Que j’aime ta verdure…
Un sapin vraiment vert
Un tout autre critère que sa beauté ou son endurance peut dicter le choix de votre sapin : son bilan environnemental. Il y a d’abord l’usage des pesticides. Une plantation de sapins, parce qu’elle est monoculture et intensive, est particulièrement sensible aux parasites et aux maladies. D’où la nécessité de recourir à de nombreux traitements phytosanitaires. Jusqu’à dix par an ! Vous allez me dire : « le sapin, au réveillon, on le regarde, mais on ne le mange pas ». Certes, mais, ne l’oubliez jamais, votre plaisir de l’œil, ce sont nos cours d’eau, nos nappes phréatiques, les petites abeilles et, plus largement, nos campagnes qui en paient le prix.
En 2022, l’association Agir pour l’environnement a jeté un pavé dans la marre en broyant menu et en analysant une grosse dizaine de sapins. 90 % d’entre eux contenaient des traces d’au moins un produit chimique nocif (jusqu’à cinq pour le pire de tous !). Certes, l’échantillon retenu pour l’expérience est trop petit pour être vraiment significatif. Il n’en reste pas moins alarmant. Que peut-on faire ? Acheter bio ! Le sapin estampillé « AB » existe. Encore faut-il le dénicher ! Sur les huit cents producteurs français (l’Hexagone pèse 80 % des ventes nationales), onze seulement ont banni la chimie de leurs exploitations. Résultat : un arbre sur cent est issu de l’agriculture biologique. Autant chercher une aiguille (de sapin) dans une botte de foin.
De la terre à la terre
Si le sapin bio n’est pas à la portée de tous, il y a un geste que nous pouvons tous faire pour l’environnement : recycler nos arbres après les fêtes. Face à la quarantaine de kilos de CO2 émis par un arbre artificiel de deux mètres tout au long de son cycle de vie, un vrai sapin de la même taille a un bilan carbone raisonnable : autour de trois kilos, soit l’équivalent d’une trentaine de kilomètres avec une voiture à essence. Mais la chose se corse si on le jette à la décharge : en se décomposant, il libère treize kilos de gaz carbonique supplémentaires.
Pour éviter d’en arriver là, deux solutions. On peut acheter ou louer un sapin en pot, histoire de le réutiliser plusieurs fois. Ou alors, on valorise son arbre au lendemain des fêtes (à condition d’éviter le flocage, cette neige artificielle et chimique qui condamne votre arbre à la décharge). Une tonne de sapin donne près de 400 kilos de compost qui enrichit la terre. On peut aussi broyer les arbres pour en faire un paillis utile pour éradiquer naturellement les mauvaises herbes, limiter l’évaporation de l’eau et protéger les sols du froid ou de l’érosion éolienne. Et les Français jouent le jeu. Ils déposent toujours plus nombreux leurs arbres dans les points de collecte mis en place par les collectivités. En 2013, dix-neuf sapins sur cent finissaient à la poubelle. Dix ans plus tard, ce taux a été ramené à 8 % seulement.
Voilà pourquoi, à l’heure de choisir son sapin, il faut bien réfléchir à celui que l’on achète et, plus encore, à ce que l’on en fait une fois qu’il a perdu sa belle parure. Parce que, mine de rien, comme tout ce que nous consommons, les millions de conifères qui investissent nos maisons chaque année impactent le monde que nous laisserons à ceux qui, au prochain Noël, se jetteront à leurs pieds pour ouvrir leurs cadeaux. Et je ne sais pas vous, mais, moi, de le savoir, ça m’encourage à vivre moins con, histoire de mourir pareil (et le plus tard possible), ravi à l’idée d’avoir contribué à l’avenir de ceux qui viennent derrière moi.
PS : Si vous voulez en savoir plus sur la tradition de l’arbre de Noël, filez sur mourirmoinscon.com pour lire cet article : Pourquoi décore-t-on (de boules) un sapin à Noël ?



